Le Japon, roi du recyclage ?

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L’image du Japon continue d’être dessinée, dans la tête des touristes, comme étant un pays extrêmement propre. Derrière cette apparence parfaitement maîtrisée, le pays du soleil levant n’est pas le meilleur élève qui soit. Le recyclage reste encore le point noir dans le pays où a été signé le protocole de Kyoto.

Les voitures sont bloquées quelques secondes sur l’avenue du Nijo-jo à Kyoto. En cause, un camion diffusant en boucle son message. Ce véhicule est celui du ramassage des poubelles kyotoites. Le ballet incessant est bien connu des habitants : rares sont les poubelles qui restent plusieurs jours dans les rues. Le service est impeccable.

Le recyclage est une affaire nationale. Les Japonais se doivent d’acheter les sacs spécifiques pour le tri : jaune pour les déchets ménagers, vert pour les canettes, bouteilles et autres emballages recyclables. Sans compter le camion qui récupère les cartons et qui passe quotidiennement dans les rues diffusant là encore une musique et un message en boucle.

Pour les encombrants, là encore il faut payer pour les faire évacuer après avoir pris rendez-vous avec un service privé.

Dans les gares, devant les magasins ou encore dans les fast-food, les poubelles demandent un effort aux passants, le tri est de mise, papiers, canettes, déchets combustibles… Tout doit être à sa place.

Pourtant, le taux de recyclage au Japon est de 20,6 %, le même qu’en France.

Dans la restauration rapide, il est demandé au client de trier ses déchets de façon bien précise. Crédits : fletcherjcm / Flickr CC

Un défi quotidien

Le problème est que dans l’archipel un bon résultat en matière de recyclage n’est pas gagné d’avance. Les emballages sont partout, les sacs plastiques sont distribués pour l’achat d’une simple bouteille d’eau et le paquet de chocolat est emballé trois fois. Le consommable et le périssable gagnent en popularité auprès des jeunes. Les poubelles se remplissent à une vitesse impressionnante : au Japon, on produit des déchets, beaucoup.

Il n’est pas rare de voir une pile de cartons en attente que les camions de recyclages viennent les récupérer. Crédits : misskoco / Flickr CC

Afin de donner l’exemple, une ville a fait le pari du « zéro déchets» : Kamikatsu, dans la préfecture de Tokushima.

D’ici 2020, la ville recyclera tous ses déchets. En 2014, elle recyclait déjà 77,2% des déchets.

L’intérêt est économique : le coût de l’incinérateur est élevé. Les habitants ont dû s’adapter à trier en 34 catégories différentes, un exploit réalisable sur une échelle de 1700 habitants. Qu’en serait-il dans les grandes villes ?

« Les jeunes générations ne feront pas cet effort. Il faut proposer des solutions plus adaptées à leur rythme de vie. J’ai des amis qui ont baissé les bras face au tri compliqué et qui finalement ne trient plus du tout », affirme Keisuke, jeune actif.

Le tri est complexe à comprendre, pas toujours simple à mettre en place et demande un effort financier. Ces éléments font figure de points noirs sur le tableau.

Sans compter que si le tri est mal effectué ou qu’une poubelle n’est pas sortie le bon jour, un voisin peut facilement dénoncer cet acte et l’amande peut tomber rapidement. Résultat : certains japonais utilisent des sacs poubelles opaques afin de cacher le fruit de leur tri quotidien, qui s’avère inexistant. Un comportement nouveau dans un pays où le respect des règles est important.

Baguettes, le casse tête japonais

Les habitants sont loin d’être la principale cause de ce faible taux national de recyclage. Les baguettes jetables en bois, que les japonais consomment énormément, sont les grandes oubliées du recyclage.

20 milliards de paires de baguettes sont jetées chaque année, un chiffre assourdissant quand le pays fait abattre des arbres dans de nombreux pays voisins. Aucun sac en plastique ou camion ne prévoit de prendre en charge cet objet populaire. Au final, elles pèsent lourd dans la balance.

Les baguettes jetables sont consommées en masse au Japon. Cela représente à terme un fléau écologique. Crédits: Isriya / Flickr CC

 

Ce sont finalement des entreprises privées et des particuliers qui proposent des solutions.

Les Japonais sont de plus en plus conscients de la nécessité de stopper cette surproduction de baguettes et choisissent d’emmener avec eux leur propre paire de baguette dans les restaurants, afin d’éviter le jetable. Malheureusement, ils restent minoritaires. Certains restaurants prennent donc le relais et choisissent, pour des raisons économiques et écologiques, de ne plus proposer des baguettes jetables. La vaisselle est juste un peu plus longue à faire…

Reportage de France 24, sur le recyclage des baguettes jetables

« Pourquoi l’Etat ne les interdit pas tout simplement ? Les supprimer réglerait au moins ce problème environnemental parmi tous les autres », propose Thibault, expatrié à Kyoto.

Quelques initiatives sont prises, mais sont encore peu nombreuses pour apporter une véritable solution au problème du recyclage des baguettes jetables. Crédits : Nemo’s great uncle / Flickr CC

Cette question ne se pose pas pour l’heure au sein du gouvernement, qui met en avant des bacs de récupération, mis en place dans les restaurants depuis 2007 afin de transformer les baguettes en bioéthanol. Le résultat est encore loin d’être visible et efficace. Les initiatives sont encore trop timides et peu nombreuses.

Les baguettes japonaises sont bel et bien la verrue du recyclage au Japon, tout comme les masques hygiéniques ou encore les sachets de thé.

Dans les rues propres de Kyoto, aucun papier n’est à terre et peu de poubelles sont en vue. Le japonais ramène son déchet chez lui. Au fast-food, le consommateur débarrasse son plateau dans pas moins de quatre bacs différents. L’impression d’une maîtrise parfaite des déchets s’installe dans l’esprit du vacancier, qui se dit que décidément, le Japon est un pays vraiment propre. Une apparence trompeuse donc.

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